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Surf loose report

Chroniques de la loose surfistique ordinaire

Homespot gavade

La terre des ancêtres, 13h30.

 

De retour chez mes parents pour les fêtes de nowèle, je ne nourrissais pas un grand espoir de m'offrir un shoot de glissoline. Bien sûr, les planches sont toujours dans le coffre du quivermobile, on ne sait jamais, mais le homespot de repli secret situé à proximité du fief familial ne marche pas plus d'une poignée de fois par an, uniquement quand les conditions sont dantesques…

 

...et puis les prévisions météo avaient commencé à s'affoler: 6m de houle à la bouée de belle-île, un vent à décorner les veaux de mer. La conjecture inespérée était bel et bien en train de se mettre en place. D'ici quelques minutes, j'allais garer le camtar et constater si la magie avait opérée ou non. J'ai le cœur qui bat la chamade et les mains moites. C'est pas tous les jours qu'une opportunité pareille se laisse envisager.

 

Le frein à main enclenché, je me jette sur le rebord du chemin sans même prendre le temps de refermer la portière. En quelques secondes, le SMS fuse de mon téléphonemalin: "Allumez le feu!" L'acolyte qui a eu le bon goût d'attirer mon attention sur les prévisions vient de recevoir la confirmation que son intuition était bonne. Une hauteur de hanche bien glassy et creuse déferle en un beach break tellement près du rivage qu'on peut marcher à pied jusqu'au peak. Mon pote me rejoindra dans deux bonnes heures, le temps de finir son taf. D'ici là, la houle ne fera que monter et la mer que descendre. C'est parti pour deux heures de gavage total et solitaire, avant de recevoir de la compagnie.

 

Il faut un peu de patience entre les séries, mais quand elle finissent par arriver, les vagues montent jusqu'à la poitrine. Dans l'immense majorité des cas, la glisse se résume à un take-off suivi d'une unique manœuvre, mais quelques bouts ouvrent et poussent sur plusieurs dizaines de mètres. Il n'y a pour ainsi dire aucune concurrence au peak et je chope tout ce qui passe dans la limite de mes capacités physiques et de ce que mon Evo est capable d'accrocher. Rapidement, je ne compte plus les vagues et je sens mes forces (amenuisées par des semaines d'abstinence) me quitter.

 

Après un nombre incalculable (et obscène) de take-off, je vois finalement débouler papa_école_surfeur avec sa Cymatic flambant neuve sous le bras. Juste à temps pour me voir poser un magnifique parking à vélo sur une série attendue depuis quelques minutes. C'est un signe qui ne trompe pas: je n'ai plus de jus. Renseignement pris auprès du nouvel arrivant, ça fait deux heures et quart que je suis dans le bouillon. N'ayant plus rien à perdre, et pour le plaisir des yeux, je remonte au camion chercher ma propre Cymatic, histoire de voir les deux frangines à l'eau côte à côte.

 

La mer a déjà bien baissé et le vent continue de monter. Les lignes, de plus en plus éloignées de la plage, sont à présent exposées aux rafales et commencent à se cradossifier. La baisse de volume qu'implique mon changement de flotteur et mon manque de patate n'arrangeant rien à l'affaire, je passe à présent plus de temps à faire la bouée qu'à courir après les séries, mais cela n'entache en rien mon enthousiasme. Nous sommes désormais trois à l'eau: papa_école_surfeur a prévenu un pote à lui, un habitué des lieux qui patrouillait dans le secteur à la recherche d'une fenêtre de tir. Nous voir tous les deux sur place l'a décidé à passer à l'acte. Trois mecs au milieu de nulle part et qui échangent des sourires béats à chaque fois qu'ils se croisent. Malgré des séries de plus en plus mousseuses, chacun prend sa part et tout le monde se régale.

 

L'heure tourne, mes collègues de boulot m'attendent pour un apéro de Noël en téléconférence. Cela fait déjà plus de trois heures que cette session a commencé lorsque je me résigne enfin à sortir de l'eau, sans le moindre soupçon de regret. Même si j'ai clairement fait de la merde sur le dernier tiers, faute d'avoir entretenu mon endurance au cours de ces multiples confinements successifs, j'ai pris un pied monumental décuplé par la satisfaction inimitable d'avoir été le seul sur un repli durant la majeure partie du temps.

 

Et ça, ça n'a pas de prix.

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M
Je suis avec grand intérêt tes aventures surfistiques.
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O
Cool !!!
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