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Surf loose report

Chroniques de la loose surfistique ordinaire

Le théorème du check

"Si l'on considère 'Ns' le nombre de surfeurs à l'eau au moment du check, 'Nk' le nombre de kiteux et 'D' la durée du dernier confinement; alors si, quelle que soit la valeur de 'D' comprise entre 1 et l'infini, on vérifie l'équation 'Ns x D ≤ Nk', c'est que la session sera bien merdique"

Un mec avec une license de math

 

Les crevettes, 13h.

 

Le corollaire du théorème du check, c'est que si on ne voit aucun surfeur à l'eau le premier jour open après deux mois de confinement, c'est qu'il faut probablement s'attendre à une "one wave session". Le genre qu'on reste à l'eau jusqu'à avoir chopé une demi-molle sous le seul prétexte de ne pas sortir brocouille. Et là, j'ai beau me vanter d'être un excellent juge des conditions météo, j'ai quand même du mal à me convaincre d'enfiler la combi. De gros tas mous déferlent du large en formant une barre interminable qu'une poignée de kiteux arpente en tout sens, ça souffle, c'est tanqué onshore, ça caille, et tout porte à croire que ça n'est pas près de s'améliorer.

 

Hélas pour mon amour propre, la faim est la plus forte. Mon cerveau, embrouillé par l'affluence d'hormones de surfistitude déclenchée à la simple vue des murailles de flottes qui pètent au large, passe en conduite automatique et je me retrouve dans ma combi en moins de temps qu'il n'en faut pour réaliser que j'aurais mieux fait de foutre le camp.

 

Par chance, je ne suis pas le seul désespéré du département et j'ai bientôt l'heureuse surprise de reconnaître la berline roumaine édition prestige de mon pote Vik en approche. D'une nature propice à l'hypothermie, mon ami s'est manifestement changé chez lui, sous la couette, et a fait la route habillé de cinq millimètres de néoprène. Il a poussé le souci du détail jusqu'à conduire avec la cagoule en caoutchouc serrée sur le museau, la grande classe! Nous devisons un moment sur les options qui s'offrent à nous: lui estime utile d'aller voir "plus loin" si ça ne fonctionne pas mieux, de mon côté je n'ai pas souvenir d'avoir eu une seule session potable au "plus loin" dont il est question. Et puis rien ne dit que je ne vais pas me dégonfler si je remonte dans le camion maintenant: En retournant constater l'état du chantier, je sens bien que ma motivation ne tient qu'à un fil. C'est crade, ça ferme, c'est mou, c'est crafermou™®©.

 

Ne sachant pas si je reverrai Vik à l'issue de sa tournée, nous nous faisons nos adieux tandis que je me mets à l'eau. Accoutumé aux conditions épiques, je repère un passage sur le côté où la barre semble moins virile…

 

Trente minutes plus tard, je me retourne pour constater mes progrès: ma foi c'est pas si mal que si c'était pire! J'ai progressé d'une bonne centaine de mètres, et probablement aussi bouffé quelques litres d'écume dans le processus. Difficile de dire combien de temps je dois encore prolonger cet effort car les vagues déferlent littéralement partout entre l'île Téviec et la plage, il n'y a donc pas de "zone d'impact" à proprement parler au delà de laquelle je pourrais me mettre à l'abri. Comme pour confirmer mon observation, une série de pelleteuses hautes comme un bonhomme me tombe sur le coin du bec et me renvoie aux vingt-deux malgré une suite ininterrompue de canards presque pas ratés. Mais les remous sucent sec et je me fais arracher la planche des mains plus souvent qu'à mon tour.

 

J'ai beau avoir le combo bouchon-cagoule-casque, je bouffe de telles branlées que je commence sérieusement à m'inquiéter pour l'étanchéité de mes oreilles. J'ai rendez-vous demain avec le docteur des tuyaux dans la tête supposé retirer l'olivier en train de me pousser dans la mastoïde, ce serait con qu'il trouve des morceaux de varech encore frais. Ça ne fait pas style "le mec sérieux qui veut vite guérir".

 

Après une bonne heure de rame ininterrompue vers le large (donc grosso modo 150m parcourus sur le tapis roulant qui me ramène continuellement à la plage) et toujours pas la moindre opportunité de prendre une vague, je repère un comparse à quelques brassées de là. Le mec n'a pas de voile, je ne suis officiellement plus le seul surfeur à l'eau. Pour fêter ça, je rejoins Vik (puisque c'est lui, bien que la surprise ne soit pas vraiment de mise) pour partager avec lui mon analyse de la situation: "Ben c'est bien la merde là."

 

L'un et l'autre, nous zonons quelques temps dans l'attente d'un miracle. Dans ma tête, je suis déjà sorti, en train de déguster la tourte aux graines que je ne manquerai pas d'acheter chez le boulanger du rond point de la trinitaine. Encore un truc qui m'a manqué durant les dernières semaines… Je profite de ce que mon esprit soit ailleurs pour élaborer mentalement quelques phrases choc et traits d'esprits susceptibles d'alimenter mon prochain article. Je regarde Vik tenter de prendre quelques vagues, en jouant la carte de l'opportunisme sur les sections déjà pétées dans l'espoir d'une reforme. Le pauvre, il n'a pas encore compris que c'est peine perdue: devant ces bulldozers d'écume, la pente est à peine assez raide pour faire avancer une péniche. Je fais quand même semblant de l'imiter pour donner le change et faire en sorte qu'il se sente moins seul, sans vraiment y croire.

 

Et puis, en vertu d'un principe statistique propre aux situations bordéliques, la conjecture tant attendue se présente soudain à moi. Un colosse d'eau et d'écume se dresse juste derrière mon tail. D'une brassée, ma planche s'engage dans la descente qui se creuse pile au bon moment pour m'embarquer sans me retourner. En un clin d'œil, je suis debout sur le haut du mur qui a déjà commencé à se verticaliser dangereusement. Pour mettre toutes les chances de mon côté, j'avais chaussé la Cymatic: avec ses quads, c'est l'arme idéale pour passer en hyper espace et éviter le champ d'astéroïde qui s'abat à présent dans mon dos. A la limite de la chute libre, ma planche accélère à 9.8m/s² sur une surface qui est loin d'être glassy. Au lieu de raccrocher la pente en douceur, mon véhicule se cabre et bondit d'un relief à l'autre façon "ski de bosses". A plusieurs reprises, la planche tente de foutre le camp de sous mes pieds, mais je tiens bon, obliquant backside pour échapper à la section qui tente de prendre de l'avance. La mousse déferle à présent une bonne tête au dessus de la mienne, et dans mon dos. Dans un ultime effort, je repars au droit pour reprendre de la vitesse mais il est déjà trop tard, l'écume a remplacé la pente et vient me coller une balayette bien sentie dans les tibias. Ma course s'arrête là.

 

"La vache, quel shoot! Si j'en choppe une deuxième comme ça même pas je me fatigue à repasser la barre" annonce-je à mon acolyte après avoir surmonté le quart d'heure d'effort nécessaire pour me replacer. Mais je n'en choperai pas d'autre comme ça. Je n'en choperai pas d'autre tout court. Bientôt à bout de force, je me fais lentement mais surement ramener vers le bord pelleteuse après pelleteuse et, incapable de lutter davantage, termine ma folle aventure à plat ventre dans la mousse à quelques mètres du shore break.

 

La fête est terminée: deux heures de torture pour une vague. J'ai le seum mais aussi l'impression d'avoir des morceaux tout cassés qui se baladent à l'intérieur. Il est temps de rentrer à la maison pour inonder les messageries de mes potes de reports mensongers au sujet de cette session inratable. Parce que la honte a meilleur goût lorsqu'on l'assaisonne avec un soupçon de mensonge.

 

D'ailleurs, en parlant de bouffe, il est temps d'aller chercher une tourte!

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A
Ouaaaah ça va déjà faire un an demain l’apéro de la loose.... <br /> Ça annonçait d’ailleurs une bonne année de loose mdr ... <br /> De bonnes fêtes à toi et ta famille et à très vite sur les vagues ... 2021 pour moi sera normalement bcp plus surfistique suite à des petits changements professionnels :-))))
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U
Mon dieu, ça passe si vite!<br /> <br /> Bonnes fêtes de fin d'année.
F
Respect éternel pour cette session Crafermou dans ce merdier :-)
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C
crafermou elle va me couter cher en royalties celle-là, surtout à la fréquences ou il se produit par chez nous et d'autant plus quand on approche l'hiver. je m'en doutai un peu de cette session pourrie si cétait celle du week end et dire qu'à un jour prêt c'était la session de la décennie à un endroit pas si loin, session que j'ai raté mais j'ai eu la chance de pouvoir l'observer.
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A
T’as raison Calli... moi suis vert de devoir travailler autant à cette époque, merci encore gentil virus.... je rate de bien belles sess ... même si j’avoue avoir quand même réussi à bien profiter... mais sur des spots qui marchent rarement, c’est con de pas pouvoir faire touts les sessions :-)))