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Surf loose report

Chroniques de la loose surfistique ordinaire

La (vraie) dernière de l'année

La guérite, 14h30.

 

En temps normal, je ne me serais pas déplacé avec de telles conditions, mais étant donné le planning familial chargé de cette fin d'année, c'était mon seul créneau ouvert. En plus, j'ai reçu sous le sapin un cadeau inattendu: une date pour me faire opérer des boyaux de la tête en 2021. Du coup, comme l'opération sera suivi d'une longue période de convalescence loin de la mer, je me sens un peu forcé de profiter de chaque opportunité d'aller surfer. M'enfin, même avec toutes ces bonnes raisons, 50cm de houle à 8 secondes de période que balaye une petite brise de 18 nœuds onshore, ça fait pas bander.

 

Fidèle compagnon de la loose, mon pote qui bosse en slip est de la partie. Lui n'a aucune excuse pour être là, si ce n'est se foutre de ma gueule et tester sa dernière acquisition: un haricot de 5'10" pour 40 litres que j'ai revendu il y a deux ans à Just Bro et qu'il n'a surfé que deux fois avant de le faire tourner. Vu le programme du machin, les conditions du jour sont idéales pour valider l'achat: mou juste comme il faut pour une petite grosse.

 

Le vent n'a tourné que depuis quelques heures et le plan d'eau semble encore à la limite de l'exploitable, nous n'y allons donc pas par quatre chemins et nous nous changeons fissa pour bouffer quelques restes avant l'installation définitive du chantier. Comme prévu, les séries sont hypocaloriques, nutriscore A+, aucun risque de se gaver. L'un et l'autre, nous prenons quelques vagounettes histoire de glisser en ligne droite. A la grande satisfaction de mon acolyte, sa nouvelle planche fait le taf et il glisse avec une fréquence honorable. Si les rails épais et le montage tri-fin laissé par son précédent propriétaire ne permet pas à la planche de prendre des accélérations fulgurantes au bottom, elle assure néanmoins le service minimum sans difficulté.

 

De mon côté, l'Evo fait le taf, comme d'habitude. Un placement opportuniste et une petite bascule dans la pente me permet de choper quelques morceaux sans ramer à m'en arracher les bras, et si je ne trouve pas le temps de placer une manœuvre sur des vagues qui se volatilisent ou changent de sens aussi vite qu'elles surgissent du néant, je glisse tantôt à droite, tantôt à gauche, et tantôt dans les deux sens au gré des reformes.

 

Autour de nous, il y a du niveau world tour. Il faut dire qu'avec le bulletin météo du jour, les plus grands experts du monde se bousculent sur le parking. Des planches décathlon flambant neuves, manifestement trouvées la veille sous le sapin, surgissent de toutes parts des berlines familiales. Ça surfe dans les mousses, les deux genoux sur le deck, ou bien bras et jambes écartées comme sur un chiotte à la turque. Face à cet étalage de talent brut, mon copain et moi craignons un instant de nous rendre ridicules. Nous justifions l'un et l'autre notre contre performance en imputant la responsabilité aux conditions qui ne font que se détériorer.

 

A présent, les vagues ne prennent même plus la peine de se dresser avant de partir en mousse. Le vent souffle de plus en plus fort. La zone blanche s'étale désormais sur une bonne centaine de mètres de profondeur. A défaut de pousser nos planches, l'écume nous rabat continuellement vert le bord. En un instant chargé d'émotions, nous réalisons soudain que nous sommes en train d'assister à la naissance d'une barre. Un bébé-barre qui deviendra grand et transformera dans quelques heures la plage en un violent chantier hivernal. Avec 60 nœuds annoncés dans la nuit, les spots de repli se mettront à fonctionner un peu partout sur la côte. Je ne pourrai alors me délecter que des reports des copains, étant moi-même condamné à l'annuel marathon culinaire que nous impose une belle-famille multi-recomposée.

 

La session se termine comme elle a commencé: en eau de boudin. De retour dans le parking, je file à mon pote, rendu extatique par les performances de sa nouvelle planche, les instructions géographiques protégées qui lui permettront d'aller checker mon repli préféré dès le lendemain, avant de lui souhaiter bonne route. Mon excitation à moi est autrement plus modérée par l'abstinence à venir et le côté passablement merdique de la session passée.

 

Parce que, ya pas à dire, c'était quand même pas la meilleure session de l'année.

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