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Surf loose report

Chroniques de la loose surfistique ordinaire

La première de l'année

La guérite, 11h.

 

Cette fois, c'est la bonne! Depuis hier après midi, nous nous montons le bourrichon avec les potes au sujet de cette première session de l'année: des prévisions tout à fait satisfaisantes augurent d'un agréable moment entre amis. Le camion est chargé raz la tronche de planches depuis la veille pour parer à toute éventualité. Après un réveillon de la Saint-Sylvestre chez mon pote-qui-bosse-en-slip et dans le respect des distanciations sociales (en tout cas jusqu'au moment où je ne me souviens plus de la soirée), je m'étais levé aux aurores pour passer chez moi nettoyer les bouses géantes d'un chien sénile qui, enfermé depuis plus de 16h, n'avait pas réussi à se retenir: un exercice matinal à mon humble avis bien plus efficace que n'importe quel footing pour se remettre les idées en place.

 

Ma mission accomplie, je me trouvais en premier sur les lieux pour procéder au traditionnel check pré-session…

 

…putain, la mer est foutrement basse! Les résidus de houle se fatiguent sur un bas de plage trop plat. Si les rares séries culminent à 50cm, la majorité des vaguelettes qui déferlent ont beau être jolies à regarder grâce à une petite brise offshore, elles sont manifestement un poil limites question puissance pour traîner ma carcasse. Qu'à cela ne tienne, je n'ai de toutes façons pas fait la route pour rien! Les copains arrivent dans quelques minutes et j'ai tout juste le temps d'enfiler ma combar.

 

Dans un élan de sagesse, je décide de laisser au fond de la caisse ma paire de chaussons et mes gants: ils sont bien trop chiants à faire sécher et commencent à puer le moisi au bout de trois sessions, je les garde donc de côté pour les grandes occasions. Ce n'est qu'après avoir piétiné quelques minutes dans les flaques gelées et sur le goudron glacé que je commence à regretter mon choix: j'ai l'impression que je vais perdre un orteil. Vivement que j'aille me réchauffer les extrémités dans l'eau de mer! En attendant l'arrivée de mes acolytes, je file donc me mettre à l'abri du vent du côté plage de la dune et enfouis mes pieds sous le sable tiède (c'est à dire: à plus de 0°c).

 

Mais voilà qu'arrivent enfin les véhicules de mes amis, chargés de planches de surf, de gosses et de femmes venu.e.s s'offrir une excursion matinale sur le front de mer. Mon pote-qui-bosse-en-slip est là, accompagné de sa progéniture, ainsi que celui-qui-fait-ses-canards-en-jambes-de-brasse qui, par chance, n'aura pas à faire de canards aujourd'hui. Faisant une confiance toute relative à mes estimations, ils décident d'aller checker par eux-mêmes, retardant d'autant l'heure de la mise à l'eau fatidique.

 

Au retour de leur pèlerinage, et voyant mon Evo sortie de sa housse, l'apprenti surfeur qui sert de fils à mon pote qui bosse en slip me demande d'un ton expert: "t'es vraiment allé checker là?". Face à son expression dubitative et pour ne pas risquer de passer pour un idiot aux yeux des générations futures, je rétorque avec toute l'assurance du monde: "bien sûr que non, je ne check jamais, ça me donne une excuse pour choisir la mauvaise planche! Et puis c'est des coups à ne plus avoir envie d'y aller."

 

En attendant, j'ai hâte d'aller à l'eau malgré ces conditions un peu limites. D'une part parce que ça me fera du bien de nager un peu, et d'autre part parce que je me gèle les miches sur ce putain de parking balayé par une brise venue tout droit de Sibérie. Hélas, ce ne sont pas mes acolytes qui accélèrent le processus. Le temps que tout ce petit monde s'habille et se maquille, les engelures m'ont déjà prélevées deux orteils. Et lorsque finalement tout ce petit monde a fini de se nettoyer les cuticules, je suis en phase finale de choc hypothermique.

 

Pour mettre toutes les chances de mon côté, j'ai scrupuleusement observé la règle des 3-3:

- 3 heures de sommeil,

- 3 grammes dans le sang,

- et 3 jours de gueuleton sans la moindre activité physique.

Cette session promet définitivement d'être épique.

 

Après être passé par dessus un banc de sable qui promet de former un joli petit peak une fois la marée remontée, nous rejoignons la zone de déferlement à pied. La mer est décidément foutrement basse! Nous nous plaçons pour attendre la première série tandis que l'expert juvénile me prodigue ses meilleurs conseils en matière de placement et de choix de série. Il faut dire que du haut de ses quarante kilos et à litrage de planche identique, il aura théoriquement moins de difficultés à prendre une vague que moi. Mais je fais confiance à mes bras et à une gestion subtile de mon centre de gravité pour lui prouver que la section vétérans a encore des choses à lui apprendre.

 

Mon pote qui bosse en slip a sorti la mousse de sa fille, tandis que celui qui fait ses canards en jambes de brasse mise tout sur son knacki géant. En voyant le second partir en ligne droit sur une vague un peu molle et le premier débouler frontside de nulle part et à toute vitesse pour lui coller un plaquage digne du XV de France, je comprend les motivations profondes de leur choix de planche: aujourd'hui, il va y avoir de la casse! La seule règle, c'est qu'il n'y a pas de règle.

 

Pour ne pas faire tâche, je choisis une droite presque propre pour taxer le knacki. Après avoir glissé rail contre rail pendant une dizaine de mètres (un exercice qui aurait à coup sûr fendu n'importe quel revêtement epoxy), je saisis mon acolyte par la taille et le fais basculer avec moi dans la mousse environnante. En sortant nos têtes respectives de l'eau, les leashes entremêlés par nos frasques acrobatiques, nous nous faisons la réflexion qu'avec de telles pratiques: il y a peu de chance pour que quiconque décide de venir se frotter à notre groupe.

 

Mon agression ne reste pas longtemps impunie: profitant de l'avance procurée par son longboard, mon acolyte part pleine droite sur une vague qui déroulait de façon ostentatoire vers la gauche, me coupant ce faisant la route alors que j'avais à peine commencé à ramer. Après avoir rebondit contre son rail une paire de fois, j'entreprends de passer derrière son tail pour m'engager nonobstant sur cette vague décidément prometteuse. C'était sans compter sur la perversion de mon partenaire, qui profite de l'occasion pour s'asseoir purement et simplement sur ma tête! Une bonne tasse et quelques hurlements de rire plus tard, nous remontons au peak balle au centre en nous promettant tous les maux de la terre.

 

La session continue en un joyeux festival du bordel, chacun saisissant toutes les occasions qui se présentent de pourrir ses potes. Seul l'expert juvénile échappe au massacre, refusant de s'engager en dépit des priorités, de peur de se prendre un quintal de bidoche et de caoutchouc sur la tronche. En outre, ne profitant pas de la protection adipeuse propre aux quadragénaires qui se négligent, le pauvre souffre bientôt du froid et décide de jeter l'éponge. Nous ne sommes dont plus que trois quand je décide, après avoir accidentellement chopé une vague pas trop dégueulasse et posé une presque-manœuvre, d'aller voir un peu à l'écart si j'y suis.

 

La mer a eu le temps de monter depuis notre arrivée et la houle se trouve de plus en plus efficacement transformée de vagues potables. Je me surprend à accélérer sur une petite gauche et à trouver l'espace de dessiner un top turn avant de finir en demi-flotteur sur la mousse. Les copains aussi glissent de plus en plus souvent et de plus en plus longtemps. Dans un accès de folie, celui qui bosse en slip propose à celui qui fait ses canards en jambe de brasse d'échanger de planche, le temps de se remémorer la raison pour laquelle il a définitivement renoncé au longboard, avant de récupérer la planche de son expert juvénile, qui était sorti de l'eau avec la mousse de sa sœur (la sienne, pas celle de celui qui bosse en slip). En d'autres termes, ne comprenant rien à ce micmac logistique, je reste sagement à l'écart avec mon Evo à moi tout seul. Et quand il s'approche de moi en me tendant sa perche d'un subtil "pour l'instant, c'est avec la mousse de ma fille que je me suis le plus éclaté", je fais semblant de ne pas comprendre et ne lui propose pas de participer à cette débauche échangiste à la limite de l'indécence.

 

Déjà plus de 2h que nous sommes à l'eau, je n'éprouve pas la moindre sensation de froid mais le cumul d'une descente éthylique et d'une remontée de fatigue commence à me faire tourner la tête. Nous nous annonçons mutuellement l'arrivée de la dernière. Je chope une chouette gauche assortie d'une paire de virages, largement de quoi sortir de l'eau avec les honneurs, mais alors que j'attend l'arrivée des copains dans la zone blanche, ceux-ci retournent au peak. Je les imite donc pour saisir derechef une opportunité de récidive. Et de deux dernières vagues pas dégueu! A mon retour dans le peloton, les copains rigolent "À ce rythme là, on ne va jamais s'en sortir!".

 

Encore une poignée de dernières vagues et je me résigne à remonter sur la plage sans me retourner, pour ne pas prendre le risque de céder à la tentation d'y retourner. Mon pote qui bosse en slip me suit de peu, après avoir accroché une droite tout à fait plaisante, et nous attendons quelques instants notre troisième larron qui cherche encore une opportunité de finir sur un shoot de glissoline. Le pauvre se fait bientôt enfermer dans la mousse et, sous l'effet de la pression collective, se résigne à sortir sur ce demi-échec et sous nos quolibets.

 

Le vent de sibérie continue de souffler de plus en plus fort et mes extrémités, jusqu'ici protégées par la tiédeur de la mer, se mettent rapidement à pincer comme rarement. Arrivé en haut de la dune, je regrette déjà de ne pas avoir mis mes chaussons, tout en cherchant maladroitement à abriter mes doigts des courants d'air intempestifs (chose rendue délicate par la nécessité impérative de les utiliser pour tenir ma planche serrée contre moi). Comble de l'infortune, je réalise trop tard que mon camion, garé à la sagouine face à la dune, ne m'offrira aucun abri lorsque je me foutrai à poil devant l'entrée du coffre. La séance de strip-tease qui s'ensuit s'avère en effet être l'une des plus désagréables de ma courte carrière de surfiste. Heureusement, boissons chaudes et viennoiseries hypercaloriques nous attendent, délicates attentions des épouses présentes qui, décidément, devraient venir plus souvent.

 

C'est bientôt l'heure du bilan et la session s'avère, de l'avis de tous, plus positive que le check ne le laissait présager. Chacun a eu sa part de glisse et de plaquages et le moral est au beau fixe. Après une année 2020 plus que discutable d'un point de vue purement surfistique, ce petit bout de temps passé entre amis est sans conteste le meilleur de l'année…

 

En tout cas pour l'instant.

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O
Bonne année à vous de Méditerranée !
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U
Bonne année de... D'ici quoi!
C
Oh que oui, ça caillait... Quel courage !
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