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Surf loose report

Chroniques de la loose surfistique ordinaire

Partie 5 - Les lieux

Où il est question des lieux

Spot: Le spot est l'endroit où le surfiste aime exposer son matériel hors de prix (et hyper polluant) aux yeux du monde. Dans l'idéal, un spot est ensoleillé mais pas trop (pour éviter les brûlures), offre un confort suffisant pour que le surfiste puisse y poser ses fesses sans douleur durant les nombreuses heures qu'il passera à méditer sur sa décision d'aller à l'eau ou pas, et permet à ce dernier de poser sa planche à la vue de tous, sans pour autant qu'elle ne s'abîme. Évidemment, si le spot en question peut aussi avoir quelques vagues de temps en temps, c'est un bonus indéniable.

Beach break: Ce terme désigne les spots dont les vagues déferlent au large des plages de sable. De par la nature à la fois instable et relativement homogène du fond, les bancs de sables responsables du déferlement de la houle ont tendance à se déplacer facilement d'une session à l'autre, et à affleurer en de multiples endroits. C'est la raison pour laquelle il est difficile d'y localiser les peaks a priori, et une observation attentive est nécessaire pour identifier les meilleures zones. A moins d'un banc particulièrement abrupt (et donc potentiellement fragile), il est rare que les beach breaks créent des vagues très puissantes. Ce type de spot est au contraire le terrain de prédilection des multi-peaks bien mous comme on les aime. Et si, avec un peu de chance, le vent est calé onshore, c'est buffet à volonté de matière fécale garanti. Par ailleurs sécurisants pour les débutants qui préfèrent racler le sable que la roche, ce sont naturellement les endroits où l'on trouve la plus forte densité de population, et donc d'incivilités potentielles. Bref, "ze place to be" pour tout surfeur qui se respecte.

Reef break: On emploie le terme "reef break" lorsque le déferlement est déclenché par la rencontre de la houle avec un obstacle solide (reef = récif). Qu'il s'agisse d'une barrière de corail, d'une grosse patate immergée ou d'une épave de pétrolier, ces spots ont la particularité d'offrir un peak particulièrement stable et consistant, mais qui ne fonctionne que dans des conditions de marées et d'orientation de houle bien précises. De par leur nature clairement définie, limitée dans le temps et souvent unique, les peaks que l'on trouve sur de tels spots sont susceptibles d'atteindre très vite leur capacité d'accueil maximale, et les surfeurs aguerris et ombrageux venus se faire éclater la tronche sur la dalle rocheuse se retrouvent plus souvent qu'à leur tour à s'éclater la tronche entre eux.

Shore break: Mon chouchou! Le shore break se forme lorsque la houle atteint le rivage sans avoir pu déferler au large, le plus souvent en raison d'une absence totale d'obstacle (pas de reef, pas de banc, plage abrupte). Il en résulte une vague dont toute l'énergie explose à quelques mètres du bord, parfois même à même le sable/les galets, avec une puissance et une vitesse la rendant pratiquement impossible à exploiter. Les conditions idéales pour se briser les cervicales. Late take-off, bottom à l'arrache, plantage de dérive dans le sable et grosse raclée, voilà le programme qui attend les inconscients qui se lancent à l'assaut du shore-break. Planche en mousse et protection pubienne fortement conseillées.

Line up: On appelle ainsi l'endroit situé à côté du peak et au sein duquel les surfistes attendent leur tour pour s'engager. Le line-up est à la session ce que le péage de Saint-Arnoult est au départ en vacances: derrière les apparences d'organisation civilisée et de pseudo respect de l'antécédence, sa cache une réalité bestiale. Tous les coups sont permis, c'est chacun pour sa peau et que le plus fort gagne. Au sein d'un line-up digne de ce nom, chacun se doit de ramer dans tous les sens pour doubler, se replacer, décaler... Et au final partir en priorité sur une vague aux dépends d'un mec qui attendait son tour depuis dix minutes. Non, vraiment... Si vous ne surfez pas, vous ne savez pas ce que vous ratez.

Ascenseur: On appelle ainsi un courant poussant en direction du large. En plus de promettre une noyade certaine au baigneur imprudent, il présent l'autre avantage de permettre au surfeur de remonter au peak sans le moindre effort, pourvu qu'il ne soit pas assez con pour ramer juste à côté du tapis roulant.

Saturé: Tous les spots possèdent une limite (en termes de taille de houle et de vent) dépendant de leur configuration exacte, et au delà de laquelle leur faculté à transformer la susdite houle en vagues exploitables ne fonctionne plus. Lorsque le phénomène se produit, on dit alors que le spot "sature", ou qu'il est "saturé". Sur certaines plages, cela peut même arriver à partir d'un petit mètre cinquante: la configuration du fond de mer ne permet pas aux vagues de se dresser efficacement et on observe alors que celles-ci s'écroulent sous leur propre poids avant d'avoir pu prendre une forme convenable. Sur d'autres spots mythiques, on peut au contraire voir des vagues de plusieurs dizaines de mètres déferler comme si de rien n'était. Comme le disait mon neveu en pleine crise de puberté: la nature est injuste avec les spots.

Repli: Lorsqu'un spot exposé à la houle sature pour cause de trop grosses conditions ou de vent trop fort et mal orienté, il y a de fortes chances pour qu'un lieu habituellement peu propice aux vagues, en raison d'une situation mieux abritée, se mette soudain à capter une houle résiduelle issue de divers phénomènes de diffraction aussi complexes que rébarbatifs. Lorsque cela se produit, ce spot de repli fait le bonheur des initiés. Non pas que les vagues y soient particulièrement meilleures qu'ailleurs (en général, elles sont souvent moins bonnes), mais le simple fait de surfer sur un lieu méconnu tout en sachant la majorité des autres surfistes brocouille constitue une source de plaisir indéniable. Et même si la session a été passablement merdique, tout surfeur ayant pratiqué un repli avec succès se doit d'aller étaler sur les réseaux sociaux l'incroyable chance qu'il a eu de profiter de ce lieu secret que personne ne connait, d'en faire des caisses pour rendre tout le monde jaloux, et SURTOUT de ne divulguer aucune information utile qui pourrait permettre à un autre surfiste de deviner de quel coin il s'agissait. Le repli est donc avant tout une source intarissable de messages 100% stériles garantis sans valeur ajoutée et à forte composante trollesque.

Sainte-Barbe: Ce spot est l'un des secrets les mieux préservés de la côte septentrionale bretonne, loin de l'effervescence et du déballage de dossiers plus ou moins confidentiels sévissant sur les réseaux sociaux. La photo quotidienne du spot publiée sur Internet n'est visionnée que par quelques milliers de personnes et il est rare d'y croiser plus de 200 surfistes à l'eau en période estivale. Malheur à celui qui en révélerait l'existence au grand public! Votre serviteur a déjà fait l'objet de menaces pour son manque de discrétion en la matière.

Tata beach: Spot situé non loin de Sainte-Barbe, mais qui se distingue de ce dernier par la présence d'un écosystème spécifique abritant une faune exotique. En effet, bien à l'abri des blockhaus, une poignée d'autochtones s'y adonne régulièrement à diverses activités champestres telles que le montage de tante, l'embrochage d'olives et le barbe au cul. De nombreux mythes circulent sur ce lieu, véhiculés par des surfistes revenus traumatisés de leur expérience derrière la dune

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