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Surf loose report

Chroniques de la loose surfistique ordinaire

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Repli

Mon lit, 7h.

J'avais pourtant réglé mon réveil à 7h30 mais rien n'y fait. L'excitation est trop forte, je sais que je ne trouverai plus le sommeil. Depuis hier soir, je me sens comme une adolescente en pleine éclosion hormonale à un concert de maître Gimms. Grosse houle et fort vent au programme: mon modèle et mentor m'emmène en voyage initiatique sur l'un de ses replis secrets!

Je me retourne une dernière fois dans mon lit. Crac, dans un faux geste, je me bloque une vertèbre. Comme si ça suffirait à me faire renoncer ! Après avoir fait le point sur la météo, je sors du lit. Mon pote ne m'attend pas avant 9h, il va falloir que je tue le temps d'une façon ou d'une autre. Après avoir vérifié une cinquième fois le quiver chargé dans la caisse pour m'assurer que je n'ai rien oublié, je me mets en route. Je suis grave en avance, mais il pleut des cordes, j'aurai une excuse pour rouler doucement.

8h15, j'arrive devant chez lui 1h45 trop tôt, au moins. (Oui, en dépit de son statut d'adulte responsable de type pater familias, il accuse toujours entre 60 minutes et 24h de retard à nos rendez-vous. A sa décharge, lorsqu'il s'agit de surf, on est plutôt sur la fourchette basse...) Pour patienter, je re-vérifie une dernière fois le bulletin météo à l'abri dans mon camping-car break. Les prévisions ont été mises à jour à la baisse, le doute me gagne, les replis seront-ils alimentés? Voyant une lumière s'allumer derrière les fenêtres de la baraque, je tente un contournement par le jardin. Je sais trop bien le bordel que peut foutre une sonnette d'entrée dans une maison remplie d'enfants en bas âge un samedi matin à cette heure. Bingo, le volet de la cuisine est ouvert et mon pote est levé, tentant, malgré ses yeux encore pleins de merde et la marque d'oreiller sur sa joue gauche, de se servir un café.

Dans un remake de "souviens-toi l'été dernier", je lui fais le coup du pêcheur qui frappe au carreau sous la pluie battante. Sortie du coma assurée, il m'invite bientôt à pénétrer la chaleur de son logis aux odeurs familières de café et de tarte à la rhubarbe. Sentant mon excitation, il file réveiller son beau-frère qui nous accompagne pour cette sortie. Cool ! Plus on est de fous... Mes manifestations extérieures d'impatience ne suffiront toutefois pas à leur faire passer la seconde et ce n'est qu'après m'avoir proposé un café pour la 5è fois (cela malgré 25 ans de refus polis et systématiques: j'ai jamais bu de café de ma vie) que nous chargeons le matos dans ma camionnette berline break. En effet, dans un accès de pingrerie, mon partenaire souhaite covoiturer, sans doute dans le but de faire quelques maigres économies de gasoil...

Une attente fébrile mêlée d'excitation emplit l'atmosphère du véhicule... à moins que ce ne soit la buée produite par 3 adultes mâles dans cet espace exigu et hermétique. Je suis Leo Di Caprio, ils sont Kate Winslet. La radio diffuse la bande originale de "Titanic". Toujours est-il que c'est à peine si je vois au travers de mon pare brise, alors même pas la peine d'espérer checker sans ouvrir les fenêtres sous cette pluie battante. Nous causons tous vite et beaucoup, ça fait plus d'un an que je n'ai pas vu le beauf et nous avons du retard à rattraper. Le pauvre bougre ne sait même pas que je suis devenu un auteur de blog à succès dont l'ascension fulgurante fait trembler le monde du surf.

Premier repli. Nous sortons de la voiture pour prendre notre première douche. Malgré notre optimisme, nous peinons à trouver une raison valable de nous mettre à l'eau. Le spot fonctionne à peine et nous ne sommes pas tous équipés pour surfer le petit. Qu'à cela ne tienne, mon pote a encore quelques secrets sous le coude.

Deuxième repli. Cette fois, la pluie s'insinue dans le col de ma veste de quart, nos pantalons commencent à infuser. Bien qu'un peu plus grosses, les conditions ne sont toujours pas suffisantes pour tout le monde. "On arrive une heure trop tard, la marée a trop monté" lance l'expert. Sans déconner!? Genre si vous vous étiez sortis les doigts du cul, on aurait eu une session potable? Notre euphorie retombe comme un soufflé tiède. Mon guide annonce deux autres destinations possibles, mais il n'a pas l'air convaincu. A ce stade, son attitude ressemble surtout à de la charité. Je sens qu'il me brade ses meilleurs coins en compensation de mon gasoil inutilement restitué à la biosphère.

Le troisième repli a des apparences de lac suisse. Mon local tente de nous la jouer session virtuelle: "imaginez ce que ça donne quand la houle rentre par là, et que le banc de sable d'ici à là fonctionne..." Perso, je n'en ai rien à carrer, je veux surfer "IRL".

Quatrième repli, cette fois il s'extasie carrément d'une micro-houle de 8cm qui, il faut le lui concéder, déroule parfaitement. Si nous avions eu le costume de Ant-Man, le spot aurait été magique. Mais nous ne sommes vêtus que de fringues trempées par la pluie et aucun de mes compagnons ne manifeste plus la moindre véhémence surfistique. Pour moi, le plan est simple, retourner sur le numéro 2 et advienne que pourra.

Sauf que mes passagers ne voient pas les choses de la même façon: a ce stade de déception et d'humidité, la solution la plus séduisante pour eux consiste à rentrer au chaud et se gaver de vidéos de surf. KEUWAH?! C'est comme ça que les vétérans soulagent leur frustration? En regardant des mecs surfer à la perfection sur des spots de rêves que nous ne pourrons jamais nous offrir? A titre personnel, c'est plutôt le genre de truc qui me retourne le couteau dans la plaie.

J'éprouve à leur égard deux sentiments contradictoires: de l'envie et de la peine. Si leur hantise est de rater une bonne session, mon pire cauchemar à moi est de rater une session tout court. Genre n'importe laquelle pourvu que ça glisse. Depuis les décennies qu'ils pratiquent, ils ont du cumuler assez de bonnes vagues pour ne plus crever la dalle jusqu'à la fin de leur vie. Ils sont en quelque sorte sevrées. Tout ce qu'ils prennent, c'est du bonus. J'en suis jaloux. La facilité avec laquelle ils peuvent renoncer à une session si cette dernière ne s'annonce pas bonne est admirable. En comparaison, je suis encore sous assistance surfistatoire: bercé dans l'illusion qu'une session (n'importe laquelle) possède une chance, aussi infime soit-elle, de devenir magique; je me jette sur la moindre vague comme un moustique alcoolique sur un cadavre fermenté de diabétique. D'un côté je n'ai pas leur sagesse, mais de l'autre, j'ai le sentiment de vivre encore cette excitation naīve et intense qui n'est plus pour eux qu'un lointain souvenir.

Dans un sursaut de miséricorde, je tente quelques mots de réconfort: "Bah, c'est pas grave les mecs, vous avez perdu votre mojo, c'est tout. Votre envie de surfer s'est tarie. Vous avez le coeur aussi desséché qu'un raisin lyophilisé sur une serviette hygiénique en plein soleil, ça arrive à tout le monde." mais cela ne suffit pas à raviver la flamme. Et comme nous covoiturons, j'ai le choix entre les ramener chez eux tout de suite ou leur imposer le visionnage de ma session moisie. La pitié l'emporte sur l'égoïsme.

De retour à la base, je refuse une paire de cafés supplémentaires avant de me remettre en route, seul. L'horloge a déjà bien avancé et ma fenêtre de tir personnelle touche à sa fin. Trop tard pour retourner sur mes pas, je file direct sur la grande plage la plus proche, en visant un bout de côte abrité. Je sais que ça va souffler, mais au moins la houle fera moins de 3m.

Une fois sur place, ce n'est pas fameux, mais il y a des vagues. Je me change fébrilement, toujours sous la pluie qui n'a pas cessé. Il n'y a pas de barre: les vagues sont trop désordonnées pour former un obstacle significatif. Par contre le courant est de la partie. Le temps de prendre deux vagues et celui-ci, combiné au vent, m'a déjà repoussé une plage plus loin.

Je reviens au bord, marche quelques minutes sur le sable pour reprendre ma position, puis recommence mon manège. A quatre reprises, je sortirai de l'eau pour me replacer. La cinquième sera celle du retour au bercail. Les vagues étaient loin d'être parfaites, mais la grosse Bertha a fait le taf, j'ai glissé, j'ai eu mon fix, je peux enfin rentrer chez moi, détendu... pour quelques heures tout au moins.

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T
Ou comment facilement ruiner une fenêtre surfistique avec un peu trop d'hésitation/indécision :-) [ne s'applique évidemment pas au cas où le dernier spot visité se révèle une merveille]. Dans le même genre, les soirées télé passées à choisir quel film regarder, pour finalement aller se coucher parce que "bon, il se fait tard". Je prêche maintenant la prise de décision instinctive et sans recours (pour peu qu'on ait assez de connaissance du terrain pour pouvoir se fier à l'instinct..). Nice post by the way. On ressent la moiteur humide de la voiture et les gouttes qui perlent un peu trop près du corps comme si on y était.
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D
Nous causons tous vite et beaucoup, ça fait plus d'un an que je n'ai pas vu le beauf et nous avons du retard à rattraper. Le pauvre bougre ne sait même pas que je suis devenu un auteur de blog à succès dont l'ascension fulgurante fait trembler le monde du surf. J'adore.<br /> <br /> En te lisant je me dis que je suis aussi comme tes potes, non, l'excuse est que j'ai d'autres loisirs...
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